Au cours des années et des siècles et des époques Tout n’aspire qu’à la chaleur après gels et tempêtes de neige. Pourquoi les oiseaux volent-ils vers le nord, Quand leur direction n’est que le sud ? Il ne leur faut ni gloire ni grandeur. Que disparaisse la glace sous les ailes, Ils atteignent au bonheur des oiseaux, Récompensés de leur vol audacieux. N’avons-nous pas vécu, n’avons-nous pas dormi ? Qu’est-ce qui nous a conduit sur la crête de la vague ? Il ne nous est pas encore arrivé d’observer une auréole. Il s’en trouve rarement- une aurore incluse dans le prix ! Silence. Que des mouettes - telles des éclairs. Du vide nous les nourrissons à la main. Mais la récompense pour l’absence de bruit A coup sûr nous sera un son. Depuis longtemps il ne nous arrive que des rêves en blanc, Toute autre nuance absorbée par la neige. Nous avons depuis longtemps perdu la vue par une telle blancheur, Mais la recouvrons avec une bande de terre noire. Notre gorge relâchera le silence, Notre faiblesse fondra, comme l’ombre. Et la récompense pour les nuits de désespoir Sera l’éternel jour polaire. Le nord, la volonté, l’espérance,-pays sans frontière, La neige sans boue, comme une longue vie sans mensonge. Pas de corbeau pour nous extraire l’œil de l’orbite, Car nul corbeau n’arrive ici. Qui n’a pas cru aux mauvaises prophéties, Ne s’est pas couché dans la neige pour s’y reposer un instant, En récompense de sa solitude Se doit de rencontrer quelqu’un.
© Bénédicte Schribaux. Traduction, 2019